Les banques mobiles vont-elles tuer les agences bancaires ?

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    Dans la commune de Pully, tout près de la ville de Lausanne en Suisse, une toute nouvelle agence bancaire vient d’ouvrir. Il ne s’agit bien évidemment pas d’une néo-banque ou d’une banque en ligne, dont leur modèle se repose uniquement sur le digital et leur application mobile. Pourtant, à l’intérieur, les anciens guichets et dépôts d’espèces ont laissé place à des tablettes numériques et des ordinateurs. Ici, les prestations bancaires sont des prestations informatiques.

    Il s’agit d’UBS, un parfait exemple de la banque traditionnelle. Le plus populaire des établissements bancaires en Suisse a rouvert l’un de ses locaux, et les travaux entrepris lui permettront de faire face à la digitalisation des banques. Ce nouveau modèle d’agence par UBS n’est pas anodin. Il est significatif des difficultés actuelles du réseau d’agences physique des banques, qui peine de plus en plus à se trouver une utilité, alors que les habitudes des clients transigent vers des opérations numériques réalisées directement sur leur smartphone.

    Vers une baisse du nombre d’agences bancaires

    En France, les difficultés ne sont pas très visibles. Du moins, en comparant avec nos voisins et à la tendance générale en Europe, la fermeture des agences bancaires n’est pas significative. En quatre années, de 2014 à 2018, une étude de Sia Partners estime à 3 % la baisse du nombre d’agences. Loin des 21 % en Allemagne, ou encore 18 % en Espagne.

    En chiffres, cela correspond à 1 100 agences, sur les quelque 36 519 locaux recensés au sein de l’hexagone. Pour 100 000 habitants, le nombre d’agences est passé de 57 à 55, comme le soulignait une étude de S&P Global Ratings, qui ajoutait que la France s’en sortait bien au-delà de la moyenne européenne, de 33 agences pour 100 000 habitants. L’hexagone peut seulement être comparé au Portugal parmi nos pays voisins. L’Allemagne ne compte que 9 agences pour 100 000 habitants, et le Royaume-Uni ne peut compter que sur 12 locaux sur ce même ratio.

    Pourtant, les spécialistes ne sont pas optimistes. La France suivra la tendance européenne, et des « plans de restructurations », des « regroupements d’agences » ou encore des « adaptations » continueront d’augmenter, faisant plonger le nombre d’agences de 15 % en 2022 selon les pronostics de Sia Partners. Est-ce que l’essor du numérique en est le principal facteur ? En ce début d’année, différentes études viennent montrer que le problème ne peut pas être expliqué aussi facilement. Reste que chez les néo-banques comme N26 et Revolut, le nombre de clients français dépasse le million.

    Michael Möglich (Monese) « le taux d’insatisfaction du public français vis-à-vis des banques est plus élevé qu’ailleurs »

    « Restructurer », mais pourquoi ?

    Pour Nicolas Malaterre, spécialiste du secteur bancaire français chez l’agence de notation S&P Global Ratings, les groupes bancaires français « ont pris du retard » et sont « moins restructurés » que leurs homologues européens. « Le mouvement va s’accélérer en France maintenant que l’ensemble des facteurs sont désormais réunis, comme ce fut le cas ces dernières années dans le reste de l’Europe », renchérissait Marin Delattre, un consultant de Sia Partners.

    Cette nécessité – malgré l’essor de la fintech et des nouvelles banques mobiles – est avant tout expliqué par un souci de rentabilité, dans un contexte de taux bas qui ne sont pas près de remonter. Les ajustements des structures des groupes bancaires seraient ainsi « plus pressant » du fait du paysage économique actuel. « La rentabilité des banques européennes n’est pas amenée à s’améliorer », s’accordaient à dire plusieurs experts, lors de la conférence annuelle de l’agence de notation S&P Global Ratings.

    Quid des banques mobiles ?

    Il serait pourtant impensable d’expliquer la fermeture d’agences physiques sans parler des néo-banques. Depuis l’essor de ces établissements de paiements distincts des banques traditionnelles, les schémas ont changé. Bien que ces « licornes » aient encore besoin de lever des fonds du fait de leur investissement colossal, leur structure n’ont rien à voir avec celles des banques classiques.

    Prenez N26, ses 5 millions de clients dans plus de 25 pays, ainsi que ses perspectives de croissance considérables. Face à un groupe bancaire comme BNP Paribas, qui compte 7 millions de clients, une différence de 56 700 salariés les sépare. N26 ne compte que 1300 salariés, et le groupe bancaire français en recense plus de 58 000.

    Les clients N26, premières victimes du Brexit

    Au sein du cabinet Deloitte, une étude annuelle sur les Français et les nouveaux services financiers permet de mesurer le rapport de chacun avec les nouveaux dispositifs numériques proposés par les banques. L’année dernière, 84 % des Français effectuaient des opérations bancaires en ligne, et plus de 7 % étaient clients à une néo-banque (en hausse de 3 points de pourcentage sur seulement un an).

    En attendant de connaître les mesures de l’année 2020, le constat est simple : les coûts réduits et la facilité des néo-banques accompagneront la transition du numérique sur le secteur financier. Mais en même temps, il sera intéressant de voir si ces modèles 100 % en ligne arriveront à gagner le rôle de compte bancaire principal pour leurs clients. En 2019, l’agence demeure le canal d’échange favori pour les opérations complexes : 64 % pour la demande de crédit, 61 % pour la souscription d’assurances, et 53 % pour les investissements et les placements.

    https://www.presse-citron.net/les-banques-mobiles-vont-elles-tuer-les-agences-bancaires/


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