Une double attaque en espace de 24 heures. La mère du journaliste Moussa Soumah, secrétaire à la rédaction du quotidien Le Soir, a été violemment agressée devant son domicile à Matoto, avant que la rédaction du journal ne soit à son tour prise d’assaut à Kaloum. Ces agressions, d’une brutalité inouïe, surviennent dans un climat d’intimidation grandissante contre la presse indépendante guinéenne. En toile de fond, un article jugé dérangeant, dénonçant les exactions commises lors des manifestations du FNDC.
Le week-end du 16 et 17 août restera gravé dans la mémoire du journal Le Soir.
Le samedi soir, la mère de Moussa Soumah a été prise à partie par deux individus non identifiés devant son domicile, alors qu’elle rentrait d’une boutique du quartier Matoto. Les agresseurs, surgis de l’ombre, l’ont violemment rouée de coups, avant de lui intimer de révéler où se trouvait son fils, le journaliste, actuellement hors du pays.
Après leur méfait, les deux hommes ont pris la fuite à bord d’un scooter T-Max, en direction de Kaloum. À peine 24 heures plus tard, dans la nuit du dimanche 12 octobre, c’est la rédaction du journal Le Soir, située à Téménétaye (Kaloum), qui a été attaquée par des hommes armés. Les assaillants ont saccagé plusieurs bureaux, emporté du matériel informatique et des documents confidentiels, avant de disparaître sans laisser de traces.
Pour Marie Rose Soumah, directrice de publication du journal Le Soir, ces agressions ne sont pas anodines. Elle dénonce une attaque planifiée, directement liée à la publication d’un article critique sur les forces de l’ordre, paru dans l’édition n°071 du 10 octobre 2022.
Cet article, signé par Moussa Soumah, faisait état d’une extorsion massive de manifestants du FNDC et de l’opposition lors des récentes protestations à Conakry.
« Après la publication, Moussa a été convoqué à la DPJ sous prétexte d’incitation à la révolte. Nous avons pourtant réglé la situation à l’amiable avec le procureur général de la Cour d’appel de Conakry », explique la directrice, visiblement émue.
Malgré cela, le journaliste est toujours recherché par les forces de sécurité, selon les informations transmises à sa famille. « Ils veulent le faire taire, même à distance », déplore Marie Rose Soumah, dénonçant une chasse à l’homme déguisée en poursuite judiciaire.
Depuis cette affaire, Moussa Soumah vit en exil, contraint de quitter la Guinée pour préserver sa sécurité. Sa famille, restée sur place, vit dans la peur et l’insécurité permanente. L’agression de sa mère en est une preuve glaçante.
Ces faits surviennent dans un contexte de pression croissante sur les médias indépendants, souvent accusés de “déstabilisation” dès qu’ils abordent des sujets sensibles. Le cas de Le Soir illustre une tendance inquiétante d’intimidation et de musellement de la presse guinéenne. La direction du journal Le Soir appelle les autorités judiciaires et sécuritaires à ouvrir une enquête indépendante et transparente pour identifier les auteurs de ces attaques.
Elle sollicite également la solidarité de la presse nationale et internationale, afin que ce nouvel acte d’intimidation ne reste pas impuni. « Nous continuerons à faire notre travail, à informer sans peur ni complaisance », conclut la directrice de publication, convaincue que la vérité ne se muselle pas à coups de violence.
Alass Sylla




