Je tiens à saluer avec une déférence particulière Monsieur Yaya Kaïraba Kaba, mon prédécesseur, éminent magistrat, dont la trajectoire professionnelle force le respect et dont l’action a profondément marqué l’appareil judiciaire guinéen. À cet instant précis la mémoire collective garde en lui, avoir laissé à la Justice guinéenne un héritage fait de rigueur, de dignité institutionnelle, et de fidélité aux principes de l’État de droit. La République lui en est reconnaissante car la Justice ne se construit jamais dans la rupture aveugle, mais dans la continuité responsable, l’amélioration constante et la transmission des valeurs. Merci d’avoir contribué à l’épanouissement du magistrat que je suis : merci d’avoir servi la justice pendant toutes ces années en un mot merci d’avoir servi la Guinée.

​Mesdames et Messieurs,

La Justice est le pilier silencieux de la République.

Lorsqu’elle est forte, la Nation est stable.

Lorsqu’elle est crédible, l’État est respecté.

Lorsqu’elle est humaine, le peuple est réconcilié avec ses institutions.

La Justice n’est ni vengeance, ni complaisance.

Elle est équilibre, mesure, autorité légitime.

C’est pourquoi je m’engage solennellement à respecter scrupuleusement la hiérarchie institutionnelle, à inscrire mon action dans la discipline gouvernementale, et à faire du Ministère de la Justice une administration exemplaire, lisible et responsable.

Mesdames et Messieurs

La Cinquième République nous impose une lucidité courageuse. Notre système judiciaire souffre encore de failles structurelles profondes :

​Le surpeuplement carcéral Il demeure l’un des défis les plus graves, résultant principalement : du non-respect des délais légaux de traitement des procédures, du recours excessif à la détention provisoire, de l’insuffisante mise en œuvre des alternatives légales à l’emprisonnement.

​La lenteur de la justice Une justice lente est une justice perçue comme injuste. Elle fragilise la confiance des citoyens et nourrit le sentiment d’arbitraire. Les insuffisances en formation L’évolution du droit, la complexité des contentieux modernes et les exigences internationales imposent une montée en compétence permanente des acteurs judiciaires.

​Les déficits infrastructurels Des juridictions inadaptées, des établissements pénitentiaires surchargés, des moyens logistiques insuffisants compromettent la dignité humaine et l’efficacité judiciaire.

​5. Le déficit de cohésion institutionnelle

La Justice est une chaîne. Lorsqu’un maillon faiblit, c’est l’ensemble qui vacille. Face à ces défis, mon action s’articulera autour de cinq engagements structurants :

​Premier engagement : une politique pénale responsable et humaine

​Respect strict des délais légaux.

​Réduction raisonnée de la détention provisoire.

​Promotion effective des alternatives à l’incarcération.

​Deuxième engagement : la dignité carcérale

​Lutte méthodique contre le surpeuplement.

​Amélioration des conditions de détention.

​Modernisation de la gestion pénitentiaire.

​Troisième engagement : la formation comme levier de transformation

​Renforcement de la formation initiale.

​Institutionnalisation de la formation continue.

​Valorisation de l’éthique, de la déontologie et des droits de l’homme.

​Quatrième engagement : les droits de l’homme comme boussole

​Protection effective des libertés fondamentales.

​Accès équitable à la justice.

​Prévention des violations des droits de l’homme

​Toujours dans le cadre des Droits de l’Homme, sachons que la justice guinéenne, à tort ou à raison, est, nous le savons tous, décriée et cataloguée. Il nous revient à nous les acteurs d’inverser cette tendance dans le but de l’instauration d’une véritable justice respectueuse des droits de l’homme.

​Une justice respectueuse des droits de l’homme c’est cette justice qui consacre le droit d’être jugé publiquement, dans un délai raisonnable et par un tribunal indépendant et impartial ;

​Une justice respectueuse des droits de l’homme c’est cette justice qui repose sur la présomption d’innocence jusqu’à l’établissement légal de la culpabilité ;

​Une justice respectueuse des droits de l’homme c’est cette justice dans laquelle le droit à un avocat et le droit au contradictoire sont garantis ;

​Une justice respectueuse des droits de l’homme c’est cette justice dans laquelle le principe d’égalité de tous est garanti.

Une justice respectueuse des droits de l’homme c’est cette justice au niveau de laquelle le droit au recours est effectif.

​Cinquième engagement : infrastructures, modernisation et cohésion

​Réhabilitation des juridictions.

​Digitalisation progressive des procédures.

​Gouvernance judiciaire fondée sur le dialogue et la responsabilité partagée.

​Mesdames et Messieurs,

Aucune réforme ne réussira sans une prise de conscience collective, proactive et courageuse.

J’en appelle aux magistrats, aux greffiers, aux avocats, aux huissiers de justice, aux notaires, aux commissaires-priseurs, aux officiers de police judiciaire aux personnels administratifs, et aux partenaires institutionnels, pour bâtir ensemble une Justice intègre, performante et respectée.

La Justice n’appartient pas à un homme. Elle appartient à la République. Elle appartient au peuple.

​Mesdames et messieurs

En ce jour solennel, je prends l’engagement irrévocable de servir la Justice guinéenne avec humilité, fermeté, loyauté institutionnelle et fidélité absolue aux valeurs républicaines. Je sais que la tâche est immense mais je crois en la force du collectif. Je crois en la capacité de la Guinée à se doter d’une Justice crédible, humaine et moderne, à la hauteur des espérances de son peuple et des exigences de son temps.

Mesdames et messieurs

En ce jour de passation, je prends l’engagement ferme de servir la Justice avec humilité, rigueur, courage et fidélité aux principes républicains. Je mesure l’ampleur de la tâche et je demeure convaincu que la Guinée peut et doit se doter d’une justice plus crédible, humaine, efficace et respectée.

​Que bénisse la Guinée.

Que Dieu bénisse sa Justice.

Que Dieu bénisse chacun de ses serviteurs loyaux.

Je vous remercie.