« MOI, C’EST DADIS QUI M’A HABITUÉ À L’ARGENT, CE QUE JE CONNAIS C’EST L’ENTRAÎNEMENT ET LES ÉTUDES, C’EST TOUT »

Appelé à la barre mercredi, 19 octobre dernier pour livrer sa version des faits dans le massacre du 28 septembre 2009, Aboubacar Diakité alias « Toumba », l’aide de camp du capitaine Mousa Dadis Camara, président de la transition à l’époque, est revenu sur ses rapports avec Dadis et pourquoi il a juré fidélité à ce dernier. À l’en croire, le président Dadis ne mange et ne dormait presque pas, toute sa préocupation c’était les calculs du pouvoir. Le jour où ils ont appris la mort du Général Lansana Conté,  ils étaient dans un motel à Kipé et Dadis dormait sous une paillote.

À sa prise de parole, il est revenu sur comment il est rentré en contact avec Dadis au Camp Alpha Yaya Diallo quelques mois avant la prise du pouvoir par le CNDD et quelques actions qu’ils ont menées ensemble.  » C’était entre 2007-2008, je venais d’être muté à la direction générale des services de santé des armées comme chef des services cardiologie, j’étais le médecin chef du bataillon des Rangers basé à Soronkoni […] À l’époque,  je ne connaissais pas le président Dadis, je n’avais jamais entendu parler de lui. Sincèrement ici l’occasion m’est permise de le dire devant lui, je ne l’avais jamais connu. Il était chef de section ou divisionnaire à l’intendance générale des Armées Guinéennes.

Ce jour, il s’est déplacé pour venir me chercher dans mon service mais malheureusement, il ne m’a pas trouvé. Mais il a cherché mon numéro avec les collègues médecins, ils le lui ont donné. Le lendemain je viens au service c’est tout le monde qui me rencontre pour me dire Dadis te cherche, Dadis te cherche. J’ai dit qui est Dadis ? Ils disent tu le connais pas ? Parce que c’est quelqu’un qui est généreux parce que si vous rencontrez Dadis, votre problème est réglé. Tout le monde le connaît mais quand il bouge c’est le monde qui est derrière lui. Chacun pose ses problèmes, j’avais un stagiaire Keïta, il dit grand ne va pas moi je le connais,  mais ne va pas. J’étais au petit déjeuner, le matin, mon téléphone a sonné, je décroche,  il me dit c’est qui ? Je répond c’est  Toumba, Toumba c’est toi ? Où tu es ? Attends,  je t’envoie quelqu’un, il envoie un jeune puis on part le trouver dans son bureau. Tout le monde était là-bas, on m’a annoncé seulement, il a laissé tout le monde, on s’est enfermé dedans. C’est ma première rencontre avec le président Dadis ».

Aboubacar Diakité alias Toumba de poursuivre en ces termes: « Après les présentations d’usage,  il m’a présenté ses visions, j’ai compris qu’il était concerné par le pouvoir. On s’est mis d’accord au cas où ce n’est pas un coup d’Etat j’ai dit je suis partant, puisque le pouvoir du président Lansana Conté était à son apogée. Lui aussi ce n’était pas son opinion de faire un coup d’Etat […] Moi c’est Dadis qui m’a habitué à l’argent, je ne connaissais pas l’argent, moi ce que je connais c’est l’entraînement et les études, c’est tout. Le Coran, l’école, les entraînements, donc c’est comme ça qu’on a travaillé comme ça et au bout de 4 mois. Je veux nommer quelqu’un ici Marcel, on était avec lui depuis ce moment, il a joué un grand rôle. Parce que moi, je ne maîtrisais pas le camp, c’est lui qui devait créer les rapports de forces. Il a travaillé à tel point qu’on a nommé le parrain des caporaux de Conakry.  Donc au bout de quelques mois Pivi n’avait personne derrière lui. »

Pour renforcer leurs rapports, le capitaine Dadis Camara a fait venir un grand féticheur nommé Foromou, il l’a fait venir de la Forêt, l’objectif dit-il a visé à faire un pacte entre eux avec des consignes strictes pour qu’ils puissent demeurer soudés.  » Foromou est venu, on est parti, moi je ne suis pas animiste, mais si je m’abstenais, même si on réussissait, ils allaient penser autre chose. Moi c’est le Coran que je connais. Mais Foromou a été clair, il a tout préparé, on a juré là-dessus. Dadis, Marcel, moi et autres, même le commandant de son salon était là-bas on a  juré. Foromou a ajouté celui qui trahit entre vous prendra une balle. Le président Dadis a mangé. Il a été très clair et il a dit c’est vous qui savez si vous allez manger. Dadis a été le premier à manger, il a dit Toumba j’ai mangé, on a tous mangé. Donc, il y a ce pacte entre nous ».

Pour finir, Toumba a raconté les dernières heures avant la prise du pouvoir après la mort du Président Lansana Conté.

» Ce  jour-là, nous étions dans un motel dont je faisais cas tout de suite à Kipé à 00h. Dadis, c’est quelqu’un qui ne se repose pas. Il travaille à tout moment, s’il veut se reposer,   il faut que son chauffeur le fasse marcher,  il ne mange pas, il est toujours dans les calculs du pouvoir. Donc on était là-bas, il dormait sous une paillote à côté de moi. Il y a Begré qui a beaucoup travaillé dans l’arrivée du pouvoir là, bien qu’il n’a pas de niveau mais à cause de son effort, Begré […] qui relèvait du camp Camayenne à l’époque et qui mobilisait les hommes là-bas, parce que sa voix passait, pour mettre main sur le camp Camayenne. C’est lui qui jouait ce rôle, ils étaient 2. Mais toujours on est ensemble en réunion avec Dadis. Donc ce jour à 00h, Begré est venu me souffler à l’oreille, il dit qu’on l’a informé que le président Conté est mort. (Paix à  son âme ). Dès qu’on me l’a dit, j’ai réveillé le président Dadis comme ça. Lève toi, on m’a informé que le président est mort. Je lui ai dit de chercher à confirmer. Je fus le 1er à l’informer parce que nous étions ensemble. Il a appelé ses relations qui l’ont confirmé. Tout de suite, la force lui est revenu comme s’il ne dormait pas. Toumba allons en ville. J’ai dit on ne va pas en ville sinon on risque de se faire prendre… »

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