L’Algérie démunie face à la violence des incendies en Kabylie

L’Algérie démunie face à la violence des incendies en Kabylie

Depuis le 9 août, de gigantesques feux de forêt se sont déclarés en Algérie, causant plusieurs dizaines de morts. Les populations semblent démunies et les autorités, mal préparées.Il est l’un des visages des tragiques incendies qui ravagent la Kabylie depuis ce lundi. Aghiles Bensaid, 27 ans, préparait son mariage pour la fin de l’été et des grandes chaleurs. Voulant à tout prix sauver son poulailler cerné par les flammes dans le petit village de Tinkicht, sur les hauteurs d’Azazga, à Tizi Ouzou, Aghiles est mort asphyxié ce lundi soir. Selon un bilan provisoire, qui ne cesse de s’allonger au fil des heures, 65 personnes dont 37 civils sont décédées des suites de brûlures ou par asphyxie, après les gigantesques incendies qui se sont déclarés dans le Nord du pays dans l’après-midi du 9 août. Un deuil national de trois jours a été décrété.

Scènes d’apocalypse

Dans un message publié sur les réseaux sociaux, le 10 août, le chef de l’État a annoncé la mort de 28 militaires déployés pour assister les sapeurs-pompiers. Selon le ministère de la Défense, les 18 militaires qui ont péri à Tizi-Ouzou appartenait à un détachement d’infanterie. À Béjaïa, ce sont 7 soldats qui ont trouvé la mort après avoir secouru une centaine de personnes encerclées par les flammes.

Une journée d’enfer que ce lundi 9 août 2021. Durant la matinée, la chaleur est normale pour la saison. Mais brusquement, au début de l’après-midi, un vent du sud brûlant commence à balayer la contrée. En outre, pour la troisième année consécutive, la région connaît l’une des pires sécheresses de son histoire. La végétation est jaune et les barrages sont à sec.

Vers 14 heures, plusieurs incendies se déclarent et se propagent comme une traînée de poudre. Une cinquantaine de départs de feu engendrent 19 grands incendies selon l’administration des forêts. Très vite, des villages perchés sur les hauteurs boisées, dans les localités de Larbaa Nath Irathen, Azazga, Illoula, Yatafen, Beni Douala, Akbil, Ait Toudert et Ain El Hammam, se retrouvent cernés par les flammes et leurs habitants doivent évacuer les lieux de toute urgence.

À L’AIDE DE FOURGONS ET DE BUS, LES HABITANTS DES VILLAGES CERNÉS PAR LES FLAMMES PEUVENT ÉCHAPPER IN EXTREMIS À UNE MORT CERTAINE

C’est pratiquement en direct, sur les réseaux sociaux, que les Algériens prennent conscience du terrible drame qui se joue dans les montagnes de Kabylie. Les scènes d’apocalypse d’habitants qui fuient les flammes dévorant leurs maisons sont légion. Les appels de détresse se multiplient.

Dans nombre de localités, on lutte avec les moyens du bord contre les flammes qui engloutissent jardins, vergers, forêts, poulaillers, ruches et maisons. La grave crise hydrique que connaît la région depuis le début de l’été et le rationnement de l’eau empêchent de lutter efficacement contre les feux qui progressent à une vitesse fulgurante, attisés par des vents violents.

Réseaux de solidarité

Dans la région d’Ath Ouacifs, au pied du massif du Djurdjura, plusieurs villages sont évacués et des centaines de personnes sont contraintes de passer la nuit à la belle étoile sur le plateau d’Aswel, à 1700 mètres d’altitude, au cœur du parc national du Djurjdura.

Très vite, la solidarité s’organise. Toujours grâce aux réseaux sociaux. C’est une course contre la montre qui s’engage pour sauver des vies. Les chaînes de soutien et de solidarité se tissent rapidement. À l’aide de fourgons et de bus, les habitants des villages cernés par les flammes peuvent échapper in extremis à une mort certaine.

Salles des fêtes, écoles et appartements inoccupés sont mis à leur disposition pour passer la nuit. L’élan de solidarité qui s’exprime depuis deux semaines pour soulager les milliers de personnes atteintes du Covid-19 qui cherchent désespéramment un concentrateur ou une bouteille d’oxygène se déporte spontanément vers les victimes des incendies.

La ville de Larbaa Nath Irathen, dans l’une des régions les plus peuplées de Tizi Ouzou, est elle-même touchée par les flammes. Non loin de là, dans le village d’Aït Aggouacha, le réalisateur Ramdane Iftini suit la progression des incendies. Il témoigne : « Il y a du feu et de la fumée partout. Nous avons passé la nuit à surveiller la progression des incendies. »

LE MINISTRE DE L’INTÉRIEUR PARLE DE « MAINS NOURRIES DE HAINE VOULANT NUIRE À L’ALGÉRIE »

« Tout le versant en face est brûlé et il ne lui reste plus qu’un ravin à traverser pour être chez nous. Actuellement, une cinquantaine de jeunes sont mobilisés mais ils n’ont que des pelles pour éteindre le feu. Il y a deux camions de pompiers qui s’occupent de circonscrire les départs de feux, mais il y en a tellement qu’ils sont dépassés », décrit-il au téléphone. Trois heures plus tard, Ramdane annonce que le feu a franchi le ravin…

Dans la journée du mardi 10 août, c’est autour de la partie orientale de la Kabylie d’être touchée par les incendies. Plusieurs sinistres se déclarent sur les hauteurs de Bejaia, laquelle se couvre rapidement d’un voile de fumée. Les pompiers ne savent plus ou donner de la tête. Des citoyens assistent impuissants au terrifiant spectacle de leurs maisons détruites par les flammes.

Pas de canadairs

L’armée est appelée pour prêter main forte aux éléments de la Protection civile, aux forestiers et aux bénévoles déjà sur le terrain. À son arrivée à  Tizi Ouzou, le ministre de l’Intérieur évoque la piste criminelle derrière le drame et parle de « mains nourries de haine voulant nuire à l’Algérie ».

EN 2012, LAKHDAR EL-HABIRI, DIRECTEUR DE LA PROTECTION CIVILE, AVAIT AFFIRMÉ QUE LES CANADAIR N’ÉTAIENT PAS « AUSSI EFFICACES QU’ON LE PENSE »

Sur les réseaux sociaux, les Algériens donnent libre cours à leur tristesse, leur consternation et surtout leur colère. En effet, chaque été, à chaque série d’incendies qui ravage les forêts du pays, les populations réclament des Canadair.

Des appareils que les autorités ne cessent de promettre pour la prochaine saison sèche, sans effet. En 2012, Lakhdar el-Habiri, directeur de la Protection civile entre 2001 et 2018, avait indiqué au journal Liberté que son département ne comptait pas acquérir de Canadair, ces derniers n’étant pas « aussi efficaces qu’on le pense », selon lui.

Depuis mardi, de nouveaux incendies se sont déclarés dans d’autres régions du pays, notamment à Sétif, Annaba et Jijel. Des renforts de l’armée ont été déployés dans ces quatre départements, selon un communiqué du ministère de la Défense.

« Dans le cadre de ses missions humanitaires visant à porter aide et assistance aux citoyens lors des catastrophes naturelles et des crises, des détachements de l’Armée nationale populaire ont été dépêchés dès les premières heures des déclenchements des incendies, l’après-midi du lundi 9 août, au niveau des wilaya de Tizi-Ouzou, Béjaïa, Jijel et Sétif, aux côtés des services de la protection civile, pour éteindre les feux déclarés dans les zones forestières, et évacuer les citoyens sinistrés dans les villages et les localités touchés », a indiqué le ministère.

Source Jeuneafrique

La Redaction