Le gouvernement guinéen franchit une nouvelle étape dans sa stratégie de transformation économique. Les autorités de Conakry et les services du Fonds monétaire international (FMI) sont parvenus à un accord technique en vue de la mise en place d’un nouveau programme économique et financier soutenu par la Facilité élargie de crédit (FEC).
L’annonce a été faite ce mardi 12 Août 2026, par la ministre de l’Économie, des Finances et du Budget, Mariama Ciré Sylla, lors d’une conférence de presse tenue au siège de son département. Le programme, prévu pour une durée de 41 mois, devrait mobiliser près de 425 millions de dollars en faveur de la Guinée.
Pour le gouvernement, cet accord intervient à un moment stratégique, alors que le pays cherche à consolider ses équilibres économiques et à accélérer la mise en œuvre de son programme de développement, notamment autour de Simandou 2040.
Une économie qui veut changer d’échelle
Face aux journalistes, Mariama Ciré Sylla a présenté l’accord avec le FMI comme un instrument destiné à accompagner les réformes engagées par les autorités plutôt qu’une réponse à une situation de crise.
La ministre a notamment insisté sur les efforts entrepris en matière de mobilisation des ressources nationales, de discipline budgétaire, de modernisation des finances publiques et de digitalisation de l’administration.« Notre pays a fait le choix de la transformation », a-t-elle déclaré, estimant que la Guinée se trouve aujourd’hui à « un carrefour historique » de son développement économique.
Selon les chiffres communiqués par le gouvernement, la croissance économique aurait atteint 6,9 % en 2025, tandis qu’elle est projetée à 8,6 % pour 2026. Les recettes fiscales seraient, quant à elles, passées de 8,6 % du PIB en 2024 à 11,3 % en 2025.
Les autorités mettent également en avant la consolidation des réserves de change, le maintien de la dette publique à un niveau jugé modéré ainsi que l’obtention d’une première notation souveraine internationale de B+, dont la perspective aurait ensuite été relevée de stable à positive.
Le défi : transformer la croissance en progrès social
Si les indicateurs macroéconomiques affichent une évolution favorable, le gouvernement reconnaît que le véritable enjeu consiste désormais à faire ressentir les effets de cette croissance dans le quotidien des citoyens.
La dynamique économique guinéenne repose notamment sur l’essor du secteur minier et sur d’importants investissements dans les infrastructures. Pour les autorités, ces ressources doivent désormais davantage contribuer au financement des services publics et à l’amélioration des conditions de vie.
« Derrière tous ces chiffres et ces ratios, il y a une finalité : le citoyen guinéen », a souligné la ministre.L’ambition affichée est notamment de parvenir à financer durablement les écoles, les hôpitaux, les routes ainsi que les infrastructures liées à l’eau et à l’électricité grâce à une meilleure mobilisation des ressources nationales.
Cinq priorités pour les prochaines années
Le programme soutenu par le FMI devrait reposer sur plusieurs réformes structurantes.
La première concerne l’augmentation des recettes intérieures. Le gouvernement entend élargir l’assiette fiscale, lutter contre la fraude et poursuivre la digitalisation des régies financières.
La deuxième priorité porte sur la gestion des finances publiques. Il est notamment question d’améliorer la préparation budgétaire, d’accélérer la transition vers le budget-programme et de renforcer le contrôle des dépenses et la qualité des investissements publics.La troisième vise à préserver la stabilité macroéconomique et financière, avec une attention particulière accordée à l’inflation, à la croissance et au niveau des réserves de change.
Le quatrième axe concerne la gouvernance et la transparence, à travers une publication plus régulière des données budgétaires et un renforcement des mécanismes de contrôle.
Enfin, le gouvernement veut accélérer la diversification de l’économie et le développement du capital humain, en mettant l’accent sur l’agriculture, l’agro-industrie, les services et les PME.
Simandou 2040, moteur de la transformation
Au cœur de cette stratégie figure le projet Simandou et son programme d’accompagnement, Simandou 2040.
Le gouvernement entend profiter des revenus et des investissements liés à la valorisation du potentiel minier du pays pour stimuler d’autres secteurs de l’économie, notamment l’agriculture, l’énergie, les infrastructures et la formation.L’objectif affiché est de faire des ressources naturelles un levier de développement à long terme et non une simple source de revenus.
« Les recettes minières doivent se traduire en infrastructures, et les investissements en opportunités pour notre jeunesse », a insisté Mariama Ciré Sylla.
La ministre a par ailleurs assuré que les négociations avec le FMI avaient été conduites en tenant compte des priorités nationales.
« L’accord avec le FMI n’est pas une fin en soi ni un satisfecit ; c’est un outil au service de notre stratégie nationale », a-t-elle affirmé.
Le Conseil d’administration du FMI doit encore se prononcer
L’accord annoncé mardi reste toutefois soumis à une dernière étape institutionnelle. Le dossier doit désormais être présenté au Conseil d’administration du FMI, dont l’approbation formelle permettra de finaliser le processus.
Pour le gouvernement guinéen, ce nouveau partenariat financier doit contribuer à renforcer les bases d’une économie plus autonome, capable de transformer progressivement les revenus tirés des ressources naturelles en investissements structurants et en opportunités pour la population.
En conclusion, Mariama Ciré Sylla a appelé à faire de cette période une étape décisive dans l’histoire économique du pays.
« Notre génération a une obligation. Celle de faire en sorte que les immenses richesses dont dispose notre pays deviennent enfin une prospérité visible et partagée », a-t-elle déclaré, réaffirmant l’ambition de bâtir une Guinée « souveraine, attractive et confiante en son avenir ».
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