Koundara, l’histoire de Madame Touré est celle d’une tragédie humaine. Veuve depuis quelques années, cette femme d’une soixantaine d’années affirme vivre aujourd’hui dans la peur, la solitude et la précarité totale. Au cœur d’un conflit familial lié à un héritage dans un foyer polygame, sa vie a basculé dans une spirale de violences, de menaces et d’humiliations, atteignant son paroxysme avec l’incendie criminel de sa maison, dans la nuit du 12 mars 2026, en plein mois de Ramadan.
Ce drame, qui aurait pu lui coûter la vie, n’a été évité que grâce au courage et à la vigilance de ses voisins. Aujourd’hui, dans un état de grande fragilité morale et physique, la veuve affirme être abandonnée à son sort, sans protection ni justice.
Depuis le décès de son mari, Madame Touré dit subir une succession d’épreuves qui ont transformé son quotidien en véritable calvaire. Dans cette famille composée de trois épouses, les tensions autour de l’héritage ont dégénéré en violences ouvertes. Isolée et vulnérable, elle affirme être devenue la cible des hostilités persistantes des enfants de sa coépouse. « Depuis que mon époux est mort, je ne vis plus. Je n’ai qu’un fils, Sanoussy Touré, qui est en exil à cause des menaces de mort, et je suis seule face aux autres épouses et à leurs enfants », confie-t-elle, la voix brisée par la peur et la fatigue.
Une agression particulièrement violente marque le début de ce calvaire : « L’année dernière, la moto de l’un des fils de mon mari a été volée. Ils sont venus chez moi m’accuser, disant que mon fils avait envoyé quelqu’un. Ils m’ont agressée violemment, me frappant jusqu’à me casser le bras. Pendant qu’ils me frappaient, ils criaient qu’ils allaient retrouver mon fils en exil pour le tuer. »
Blessée et traumatisée, la veuve affirme avoir tenté de saisir les autorités pour obtenir justice et protection. Mais, selon elle, sa plainte est restée sans suite. « Un de mes voisins m’a accompagnée au commissariat pour porter plainte, mais les agresseurs ont donné de l’argent à la police pour étouffer l’affaire. Aucune mesure n’a été prise pour me protéger. »
Les tensions ont continué à s’aggraver. Durant ce Ramadan, un nouvel incident a ravivé les menaces : « Mon beau-fils Mamadou, qui travaille comme taxi-moto, a vu sa moto prendre feu. Et encore une fois, ils m’ont accusée et ont menacé de nous tuer, mon fils et moi. »
Puis est survenu le drame le plus marquant : l’incendie de sa maison alors qu’elle se trouvait à l’intérieur. « J’ai cru que c’était la fin. Heureusement, mes voisins ont vu le feu et ont réussi à me sortir de la maison. Sans eux, je serais morte », affirme-t-elle, encore sous le choc.
Plusieurs habitants du quartier confirment la violence de la scène et la panique qui s’en est suivie : « Nous avons entendu des cris et vu des flammes sortir de la maison. Nous avons immédiatement appelé à l’aide et réussi à la sortir de là. C’est inadmissible que la police n’intervienne pas », témoigne un résident, préférant garder l’anonymat par peur de représailles.
Aujourd’hui, Madame Touré vit dans une angoisse permanente. Sans maison, sans protection et séparée de son fils contraint à l’exil, elle dit ne plus trouver ni repos ni sécurité.
« Je ne peux même pas dormir tranquille. Les mêmes personnes continuent de me menacer. Je n’ai aucune protection de la part des autorités locales. Ma vie est en danger et je crains pour mon fils. Je suis épuisée de toutes ces violences et menaces, et je n’ai nulle part où aller », déplore-t-elle.
Son corps porte encore les séquelles des violences passées, tandis que son regard trahit une profonde détresse. Dans son quartier, beaucoup s’interrogent : pourquoi une femme âgée, veuve et manifestement en danger, reste-t-elle sans assistance ?
Face à cette situation alarmante, plusieurs habitants appellent les autorités à agir d’urgence pour garantir la sécurité de la veuve et faire toute la lumière sur ces faits graves. Pour eux, derrière cette affaire se pose une question plus large : celle de la protection des personnes vulnérables et du respect du droit fondamental à la justice.
Pour l’heure, dans cette ville du nord de la Guinée, la détresse d’une vieille femme se heurte toujours au silence des institutions.
Alass Sylla




