Discours d’hommage à Diallo Souleymane
Symposium du 11 juin au Palais du Peuple
Monsieur le ministre de la Communication et de l’Économie numérique,
Monsieur le président de la Haute Autorité de la Communication,
Mesdames et Messieurs les représentants des institutions nationales et internationales,
Honorables invités,
Chers confrères, chers consœurs de la grande famille des médias,
Distingués membres de la famille de notre regretté Doyen,
C’est avec une émotion qui étreint nos cœurs et une immense gravité que nous nous réunissons aujourd’hui, dans ce Palais du Peuple, pour rendre hommage à un géant. Un homme dont le nom est, et restera à jamais, gravé en lettres d’or dans l’histoire contemporaine de la Guinée et de son journalisme : le Doyen Diallo Souleymane.
Son départ nous plonge dans une profonde affliction. Mais au-delà des larmes, ce moment nous offre le devoir et la fierté de célébrer une vie d’exception. Une vie tout entière consacrée à une cause sacrée : la liberté d’expression, l’indépendance des médias et la quête inflexible de la vérité.
Le pionnier au courage de fer
Diallo Souleymane n’était pas un simple observateur de son temps. Il en était le scribe indomptable, le visionnaire et le bâtisseur. Au début des années 1990, alors que notre pays cherchait encore les balbutiements de son pluralisme démocratique, il a eu l’audace de croire en l’avenir d’une presse libre. De retour en Guinée, il n’a pas seulement accompagné l’émergence d’un nouvel espace de liberté : il l’a forgé de ses propres mains.
En fondant Le Lynx, puis La Lance, il a brisé les codes et ouvert une voie royale dans le paysage médiatique national. Sous sa haute direction, ces titres sont devenus bien plus que des journaux : ils sont devenus des institutions, des boussoles citoyennes.
Qui ne se souvient pas de la plume du Lynx ? Cette plume acérée, cette satire intelligente, cette investigation rigoureuse qui savait désamorcer la gravité du quotidien par le sourire, tout en tendant un miroir sans complaisance aux puissants. Il a appris aux Guinéens à lire entre les lignes, à réfléchir, et surtout, à ne plus avoir peur.
Le bâtisseur et le bouclier de la profession
Mais l’héritage du Doyen dépasse largement les colonnes des journaux qu’il a créés.
Mesdames et Messieurs,
Chers confrères,
Il est un pan fondamental de son histoire que nous devons impérativement transmettre aux jeunes générations qui embrassent ce métier : Diallo Souleymane fut l’architecte de notre émancipation collective. Membre fondateur et tout premier président de l’Association Guinéenne des Éditeurs de la Presse Indépendante (AGEPI), il a su, dès les premières heures, qu’un journaliste isolé est un journaliste vulnérable.
Il a compris que pour défendre la liberté de la presse, il fallait lui donner une armure : des structures fortes, unies et solidaires. C’est ce même combat pour la pérennisation de nos acquis démocratiques qu’il a poursuivi, des années plus tard, au sein de l’Association Guinéenne de la Presse Écrite (AGPE). Son engagement associatif nous rappelle une vérité immuable : il n’y a pas de liberté durable sans solidarité professionnelle.
Ce combat, il l’a payé au prix fort. Les intimidations, les harcèlements judiciaires, les gardes à vue et les pressions de tous horizons ont jalonné sa route. Mais face à la tempête, Diallo Souleymane est resté un roc. Il nous a prouvé, par l’exemple, que le courage journalistique n’est pas une posture de salon, mais un sacrifice quotidien au service du droit des citoyens à savoir.
Le passeur de flambeau
Nous saluons aujourd’hui, avec une immense gratitude, le mentor, le formateur, le « Vieux » comme nous l’appelions affectueusement. Plusieurs générations de journalistes guinéens sont sorties de son école. Il nous a enseigné la sainte trinité de notre métier : la rigueur des faits, l’indépendance absolue du jugement, et la responsabilité sociale qui accompagne chaque ligne écrite. Nous portons tous, en nous, une étincelle de son exigence professionnelle.
En réalité, Diallo Souleymane n’a pas seulement bâti des rédactions. Il a éveillé les consciences. Il a ancré dans la culture guinéenne une tradition de résistance face à toutes les tentatives de museler la parole.
Mesdames et Messieurs,
Distingués invités,
Au moment où nous lui adressons cet ultime adieu, mesurons la responsabilité qui pèse désormais sur nos épaules. La liberté dont nous jouissons aujourd’hui est un héritage précieux, payé au prix des larmes et du courage de pionniers comme lui. C’est à nous qu’il incombe de protéger ce sanctuaire.
À sa famille biologique, si durement éprouvée, à ses fidèles collaborateurs du Groupe Le Lynx-La Lance, aux membres de l’AGEPI, de l’AGPE, et à l’ensemble de la presse guinéenne, nous présentons nos condoléances les plus émues.
Cher Doyen,
Vous avez passé votre vie à donner de la voix à ceux que l’on voulait réduire au silence. Vous avez magistralement démontré qu’une plume libre, guidée par l’éthique, est toujours plus forte que la peur. Vous nous laissez une œuvre monumentale, un exemple de dignité et une leçon magistrale de fidélité aux principes.
Votre plume s’est posée, votre voix s’est tue, mais votre esprit plane et planera toujours sur nos rédactions.
Que votre mémoire reste le phare qui guide nos papiers, le ciment de nos associations et l’idéal de nos écoles de journalisme.
Reposez en paix, Doyen Diallo Souleymane. La patrie médiatique guinéenne vous pleure, elle vous remercie, mais surtout, elle vous promet : le Lynx garde les yeux ouverts. Votre combat continue.
Au nom de la presse écrite de Guinée, je vous remercie.




